Lui, c’est un homme qui

Bretagne finistèreLui, c’est un homme qui.

Lui, c’est un homme qui m’a donné envie de saisir la Bretagne dans sa chair. Pour plein de raisons. Dont celle d’avoir fait émerger en moi un fugitif souvenir enfoui. De vagues. Ça pouvait être en Bretagne, comme ça aurait pu être ailleurs. Il se trouve que c’était en Bretagne.

Dans le Morbihan.

Une destination de vacances parmi d’autres.

J’avais quinze ans, et déjà depuis un bout de temps, cette immense impression de solitude que je ne parvenais pas à identifier. J’étais sur une plage, c’était en été. Il faisait froid, gris, et venteux. Sourire. Car cette région, comme terrain d’expérimentation de mes sens, m’a offert bien des moments sous le soleil, absolument sous le soleil. Sous le soleil, exactement. Oh, faciiiiile !

Il faisait froid, gris et venteux, et j’ai décidé d’y plonger, dans cette mer tourmentée. Je me suis retrouvée prise au milieu de flots agités, je me souviens que je me débattais, c’était effrayant et grisant à la fois.

Elle m’a empoignée en une seconde.

L’intense sensation d’être vivante.

C’était si rare.

La sensation s’est imprimée en moi à l’encre indélébile, la sensation ne s’est jamais vraiment transformée en émotion. Elle est restée suspendue dans l’air, vivace, charnelle, furtive, fugitive, éternelle. Comme un instantané de vie perdu au milieu d’un champ de ouate enduit de chloroforme.

Après, je suis sortie de l’eau et l’absence de vie a repris son cours.

Quinze ans plus tard, l’homme a ravivé la sensation, et cette fois fait jaillir les torrents d’émotions qui l’accompagnaient, libérés du fond de leur tanière, de là où mon cerveau les planquait depuis perpète, croyant me protéger définitivement des intrusions malsaines. Il s’est dit ça, le cerveau de la petite Alexandra : « il me touche, mais je ne sens rien, je ne sens rien, je m’évade, ailleurs. Touuuuut va bien, mêêêême pas mal. « 

En un coup, elles se défigèrent, ces émotions sacrées, solidement figées sur quelques clichés jaunis, enfermés dans un album que mon cerveau, encore lui, conservait amoureusement. Quelques clichés jaunis, dont celui de ces eaux mouvementées qui m’enlacèrent à quinze ans. Quelques clichés jaunis pourtant tous empreints d’une étincelle de vie.

Après, il a fallu les apprivoiser, ces émotions, et c’est une autre affaire. Difficile et merveilleuse. Comment s’autoriser à ressentir l’insensé ? Que l’étincelle de vie est chez moi liée aux abus sexuels qu’enfant j’ai subis. Les mots sont puissants, ils sont importants, j’ai besoin de les répéter encore et encore, pour que cette réalité prenne sens et ne meure pas ensevelie sous le poids de tabous millénaires.

Je n’ai pas d’autre choix que de m’autoriser.

Car ressentir, c’est la vie et je la sens tout autour. Elle m’empoigne bien plus qu’une seconde, maintenant. Et la chaleur sur ma peau a le goût du bonheur, dont je n’avais appréhendé que les contours.

Alors, à la Bretagne, sauvage et mystérieuse, je voue un amour éternel. Quant à l’homme, un Breton, cela vous étonnera ou non, ce que je lui voue est plus nuancé. Un mix d’émotions défigées.

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