Le corps

SAM_0406-001Imaginons qu’il y a mille manières de parler des crimes d’inceste, et soyons sûrs qu’il y a mille manières de ne pas en parler. J’ai décidé  de faire une série qui visiterait la situation du point de vue du corps, uniquement. Sans entrer dans les détails. Je vais l’appeler «le corps», je n’ai pas envie de personnaliser l’affaire.  C’est du brut, du pas réfléchi, ni travaillé, même au corps. Du spontané, du naturel, de l’expulsé directement depuis les tripes. Du mécanique, sans s’arrêter, dans l’urgence, sans respirer.

Au commencement, il y avait donc le corps, doux, rond, avenant, rieur, entier. Confiant. Ensuite, il y eut…Le choc. L’indicible, l’impensable, l’innommable. L’incompréhensible choc. L’inceste.

Le corps envahi, le corps ébahi, le corps incrédule, le corps dépassé, le corps n’y croit pas, le corps se débat, le corps au combat. Inégal. Impossible. Implacable. Le corps impuissant. Le corps perd ses forces, se résigne. Le corps abandonne.

Le corps humilié, mutilé, assassiné. Le corps fissuré, explosé, fragmenté.

En miettes.

Le corps sort de son corps, le corps sort de lui, meurtri, le corps s’envole, s’évanouit, se dissout, se fond dans la nuit pour tenter l’oubli.

Le corps ailleurs.

Pour ne pas ressentir.

La douleur.

Sauvé.

Survie.

A suivre.