Le goût des mots

7765444065_le-gout-des-mots-de-francoise-heritierPour qui a, comme moi, le goût des mots, le dernier livre de Françoise Héritier, intitulé sans équivoque « le goût des mots » (Ed. Odile Jacob), est un vrai régal, un délice, de quoi combler pour un moment les papilles affamées, jusqu’aux plus exigeantes. Car les mots ont un goût, vous ne le saviez pas ? Vous vous en doutiez peut-être. Vous étiez au courant ? Mmmm, quoi qu’il en soit, je devine votre appétit, je vous sens volontiers les sens en éveil. Vous serez donc étonnés ou non, de lire que chacun de ces messieurs-dames dont l’appellation générique commence par un « m », possède sa propre saveur, et même d’ailleurs que celle-ci se décline au pluriel. Françoise Héritier nous offre sur un plateau quelques-unes de ces verrines multicolores, délicates et subtiles, à déguster confortablement installés sur un canapé. A dé-gu-ster, interdiction de les enfourner d’une traite.

Il y a plus encore : figurez-vous qu’on y découvre des amazones conquérantes déguisées à leurs heures en fragiles demoiselles, oui, je parle évidemment des lettres, puisqu’elles aussi, cachotières, ne sont pas en reste. Elles, l’un des maillons qui forment l’essence du langage et dont tout dépend. Françoise Héritier explore en détail leurs particularités et autres traits de caractère.

Lisez plutôt, et ressentez, respirez les voyelles, humez sans vous priver un peu de leur humeur :

« A est plein de noirceur, de rancune et de bile. E est clair, limpide, innocent. I est colérique, infatué, parfois pervers. U est tranquille, serein, bucolique. O est étonné, naïf, généreux.« 

Françoise a le don de multiplier les registres, d’où il ressort que, sous sa plume, chaque lettre et chaque mot dont elle déploie les ailes, semble atteindre un état de grâce qui m’emporte, m’imprègne et dans lequel doucement je baigne, m’y laissant flotter sans bouder mon plaisir.

Lisez encore, et laissez venir à vos oreilles chaque note de la partition qu’habilement joue notre langage :

« A est grave et sombre comme le son d’une cloche d’airain, E a le son limpide et fluide de la harpe, I a le son aigu des pipeaux et crécelles, O a le son plein et vibrant des cordes, violon, alto, violoncelle, U a le déroulé ondoyant du piano, tandis que le son du trombone est d’un jaune éclatant et que le clairet du hautbois et de la clarinette convient parfaitement au Y.« 

Ce n’est là qu’un fragment de l’exercice ludique et joyeux auquel s’est livré l’auteure, et je me réjouis déjà du prochain extrait dont je vous ferai part.

Je m’arrête car, sur le clavier, mes doigts sont véloces, j’apaise leur énergie, ils en ont pour leur argent, mais dans mes pieds, les fourmis se comptent par milliers, et m’indiquent leur envie de voir mes gambettes s’activer.

Publicités

2 réflexions sur “Le goût des mots

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s