Ecriture. Instant T.

18 janvier 2014. 13h.

Mes doigts trépignent, mes doigts s’échauffent.

Mes doigts se lancent à l’assaut d’un texte dont ils ne connaissent pas la teneur, et encore moins l’issue.

Mes doigts font bruyamment crépiter les touches du clavier, gicler des mots sur l’écran, mes doigts envoient des lettres se figer les unes après les autres sur la page blanche virtuelle, qu’ensuite elles malaxent et triturent pour lui donner vie, qu’elles couvrent et découvrent pour lui donner forme.

Et force.

Puis sens.

De leurs extrémités en action, mes doigts tentent de faire jaillir l’émotion.

Mes doigts s’énervent, se contractent, s’agitent de plus belle et, furieux, déversent en Times New Roman 12, leurs flots de colère, prisonniers qu’ils sont de la peur de mal faire. Déplaire. De ne pas en faire. Assez. Bientôt j’oublie de respirer, remarque l’erreur, la rectifie, et j’expire, j’expire, j’expire encore.

Je laisse. La vague. De colère. Passer.

Je m’arrête. Parce qu’un air sort de ma radio et me capte aussitôt, parvient à mes oreilles, oui j’entends à présent cet air que j’adore, de Sanson, Véronique, et dont je ne connais pas le nom. Un nom de nulle part, probablement.  Un instant plus tard, la voix qui comble de son talent le vide entre deux chansons, m’apprendra que c’est « Bernard’s song », le titre que religieusement j’écoute, les doigts immobiles, cernés de notes de musique auxquelles ils ne peuvent résister. Envoûtant.

Revigorés, mes doigts à nouveau tentent que la fusion tête-cœur-doigts-écran ait lieu, et renvoie au lecteur une parcelle du plaisir qu’il y a d’écrire lorsque la magie opère. Un accouchement. Dans la douleur aussi. Et la douceur, aussi, de contempler ces caractères qui s’alignent un à un, comme une banderole qu’on déroulerait d’un geste naturel. L’écran prend vie et s’anime de voir qu’en son sein, s’entame une danse fluide qui m’enveloppe d’un voile apaisant, et les phrases que j’ai fait naître me laissent habiter leur bulle ouatée.

Mes doigts s’enivrent de ces mots qui s’écrivent en temps réel, et me propulsent d’un coup au cœur d’un univers bleu nuit obscur, et pourtant si pur, où je me plais à flotter, délicieusement légère, prise en apesanteur, et volontairement passagère, d’un convoi qui m’entraîne, sous la mer.

En eau profonde. Dans un endroit où le trouble s’insinue et m’invite à dévoiler quelques recoins inexplorés de mon être. Là, j’explore une terre apparemment vierge de présence humaine, une terre qui renferme pourtant la vie, qu’elle enferme encore. Trop. Et quand, sous mes pieds, la terre se fissure et que, de la brèche ainsi créée, jaillissent d’autres émotions, d’autres sensations, au vu d’être apprivoisées, il reste, malgré moi, dans l’ombre, une hésitation.

Mes doigts continuent de frapper, eux, sans hésiter. Du haut-parleur, s’échappe maintenant la voix rude et rauque d’Arno, aux accents bruts de décoffrage, ancrés dans la terre de Flandre, vaguement teintés d’embruns ostendais, et je découvre qu’il a repris Julio Iglesias, dont la voix latine serait davantage haut perchée dans les nuages. J’entends qu’ils sont deux, maintenant, à nous chanter, nous, « les femmes », de leur point de vue d’homme, ce « pauvre diable », paraît-il, dont ils content désarrois et autres errements de l’amour, chacun dans leur inimitable style.

 Et je souris.

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