Le corps III

Je vais faire court, puisque je ne suis pas sûre qu’on me lise beaucoup, je n’ai guère envie de dépenser trop d’énergie, ce soir.

Le corps meurtri par l’inceste se rit de cette fête, celle qui occupe la journée du 14 février, voire la nuit entière des amants passionnément adeptes, des dates précises et convenues du calendrier.

Le corps qui se guérit de l’inceste, souffre dans sa chair de cette abondance surfaite.

Le corps qui se remet debout, se rassemble, saisit le moindre fragment de liberté, le happe, s’en imprègne, le respire à souhait, ce corps-là crie de cet absurde décor, ce superficiel silence.

Ce trop de tout qui l’étouffe.

Mon corps ce soir déambulait, puissant, parmi les coeurs commerciaux, pourtant une fois de plus confronté à l’impossibilité de franchir à la hâte, les indispensables étapes qui le réparent et qu’il sait pertinemment cruciales.

Je suis fière de moi.

Je la sentais, cette femme libre, indépendante, qui déambulait entre les coeurs commerciaux, je la vivais, puissante.

Temps mort, ça s’arrête là.

Pour l’instant, je me contente de déambuler entre les coeurs.

Car le corps meurtri par l’inceste se rebelle de tant d’inconfort, de l’impossible intimité, de tout ce qui fut cassé. Mon corps voudrait s’échapper une fois encore, dans le déni. Il ne peut pas, il vit. Trouver un vrai réconfort, vibrer de vibrations en vibrations auprès d’un autre corps, quand les draps l’enveloppent et qu’il se replie en lui-même, face à lui-même, se découvre dans sa nudité, à vivre chaque nuit l’impensable réalité.

Brisé.

Vivant.

Mon corps, tout à l’heure, parmi les coeurs commerciaux, s’attardait au milieu des étals, entre les livres à la mode de chez nous et d’ailleurs, la mode est à l’érotisme dans les pages des livres, les coeurs cachent les mots qui parlent de cul, ils en sont remplis, de ces histoires, les étals.

Mon corps s’arrête, perplexe, saisit l’un ou l’autre de ces romans aux soi-disant si nombreuses nuances, juste pour sentir en son sein les soubresauts, les fourmillements, les palpitations, les ondes de chaleur, et les papillons. Il est tranquille, sans honte, sans hâte, il hume, ouvre les pages, scrute les différents titres, se désole de leur banalité, se gausse des couvertures.

Prévisibles.

Attendues.

Le jeu des tentations, Tout ce qu’il voudra, Possédée, La soumise, Beautiful Bitch, Sur tes yeux, La nuit nous appartient, etc.

Mon corps prend un livre, le détaille, le repose, prend un autre livre, le détaille, le repose, prend un autre livre.

Mon corps s’arrête, s’ancre, observe les sensations se réveiller, s’animer de l’intérieur. Mon corps lit une phrase, une autre, il sent. La chaleur naît, monte, tourbillonne, et jamais ne l’emporte, il se lasse, c’est du cul mal écrit. Et traduit. Made in US.

Mon corps s’en va, d’un pas décidé, il n’a pas trouvé, de quoi prendre son pied.

Plus tard, le corps au chaud dans mon nid douillet, j’ai fureté sur la toile pour y dénicher, et je m’en réjouis, ce recueil de nouvelles coquinement écrites par des femmes, en français dans leur version originale.

folies de femme

Vais-je pouvoir les lire ???? C’est la vraie question.

L’empreinte de l’inceste fait régner le dégoût dans mon corps, pas tout le temps, mais encore par moments.

Je voulais faire court…Et ce sont les mots qui finalement m’ont emportée.

Logique.

A suivre.

NB: j’ai écrit ce texte en écoutant l’album de Moby, Play & Play: B Sides. Par exemple: Memory Gospel.

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2 réflexions sur “Le corps III

  1. Superbe !
    J’adore ton style qui va droit au cœur sans fioriture, juste l’essentiel qui nous touche …
    Moi non plus je n’aime pas les fêtes commerciales 😉
    Amicalement
    Marcelle

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