Le désir de créer (les mots manquent d’oxygène).

Les mots manquent, ils me manquent, et pourtant subsiste le désir de créer.

Il provient des tréfonds, des tripes, d’un endroit où les mots n’existent pas, justement.

Il est fertile, il est vivant, il s’infiltre, malgré tout, malgré moi. 2014-03-14-2496

Il reste à l’état brut, il ne se transforme pas.

Les mots ne trouvent pas le chemin vers ma bouche pour qu’elle les expulse. Ils ne coulent plus guère dans mon sang pour ressortir par l’extrémité de mes doigts, qui raconteraient une histoire, feraient vivre des personnages, tisseraient la trame d’un roman.

Non. Les mots restent calés quelque part, je ne sais où, impalpables.

Et pourtant en moi, subsiste le désir de créer.

Les mots manquent, ils me manquent.

Et mon doigt vient de trébucher sur les « mots ». La lettre « r », s’est immiscée entre eux et j’ai vu s’écrire à l’écran, un autre mot que « mots », qui soudain s’est changé en « morts ». Les mots sont morts ? Je ne le crois pas.

Peut-être que là-haut, haut perchés dans mon cerveau,  ils se trouvent relégués dans un coin, comprimés, les uns sur les autres, ils étouffent, enveloppés d’un tissu noir, bien opaque, recouverts d’un filet de pêche, bien serré.

Si peu oxygénés, péniblement ils halètent, en état de survie, dans l’attente d’une délivrance.

Ils sont là, et je les juge obsolètes, sans intérêt, inutiles.  Ma bouche reste fermée, mes lèvres serrées.

En moi, pourtant, au-delà du désir de plaire, subsiste le désir de créer.

C’est ce désir-là, et non le premier, qui me fait exister.

Pourtant, que je ne m’y trompe pas, que jamais je ne me leurre, les mots ont envie d’être aimés.

C’est humain, n’est-ce pas ?

Comme moi, ils ont besoin, sans cesse, d’être rassurés sur leur valeur, alors que je devrais puiser dans mes ressources pour être à même de les apaiser.

Est-ce que leur oxygène se nourrit d’amour ?

 

Naissance. Avant-propos.

Avant-propos

 

 

 J’écris. 

Par une soirée de printemps, j’écris. 

J’insiste parce que ceci a son importance, tant cette démarche m’implique plus que je ne l’aurais pensé. 

Je m’arrête et relis les deux premiers paragraphes du récit dont j’ai entamé l’écriture en avril 2006. Je contemple les phrases qui s’enchaînent et racontent le début d’une histoire. Je les admire, l’air béat.

Et réalise à quel point je suis fière de moi et du chemin parcouru depuis le jour où j’ai décidé de donner vie à Laurence.Et même depuis plus longtemps encore. Depuis le jour où j’ai voulu comprendre pourquoi tant d’angoisses m’empêchaient d’exister.

Un étrange sentiment envahit mon être, alors que je vois apparaître les mots sur l’écran.

C’est une immense satisfaction.

 

Les notes de Coldplay et sa chanson  « in my place », que la radio diffuse, résonnent en moi comme une permission à enfin prendre ce que la vie me donne.

 

“In my place, in my place

Were lines that I couldn’t change

I was lost, oh yeah

I was lost, I was lost

Crossed lines I shouldn’t have crossed

I was lost, oh yeah”


 

J’étais perdue, je ne le suis plus. Le travail n’est pas fini mais beaucoup a été fait. Je ressens une forme de sérénité, que je veux faire grandir en moi.

 

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Laurence pour pouvoir, en filigrane, vous transmettre une partie de la mienne.

 

Cette histoire a tout d’une quête de vérité.

 

Cette histoire a tout d’une quête d’identité.

 

L’écriture de ce livre m’a aidée à naître à moi-même.

 

Elle fut une aide précieuse dans ma reconstruction. J’ai pu cracher sur le papier les émotions tapies au plus profond de moi.

 

Grâce à Laurence, je me dévoile. A travers elle, je livre des ressentis qui me sont propres.

Grâce à elle également, je me préserve un jardin secret.

 

Ainsi mon vécu et le sien s’entremêlent. Fiction et réalité se mélangent, et si, tantôt je flotte au-dessus du réel, tantôt j’y plonge avec acuité, c’est que sans cette distance, la mise en mots n’aurait pas été possible autrement que fragmentée.

 

Utiliser la forme romancée, c’est une catharsis.

 

Le « je » qui révèle l’indicible dans ce qu’il a de plus intime, n’est envisageable que parce qu’il existe en alternance avec le « elle », qui lui tend la main et l’accompagne en douceur sur le chemin de la libération.  Le « je » concrétise ma propre implication dans l’expérience extrême que j’ai vécue, ce qui rend son usage constant tout à fait insupportable. Autrement dit, c’est en passant par l’imaginaire que je suis arrivée à dénoncer un vécu réel.

 

Et puis, en  miroir, il y a le « il », omniprésent, obsédant.

 

Ensuite, je fais appel à une auteure pour éclairer mes ressentis de manière plus scientifique.

 

Pourquoi cela ? Parce que j’ai besoin d’un soutien pour soulager quelque peu l’angoisse de ne pas être crue.

 

Terrifiante angoisse !

 

Dans ce livre, je dénonce à ma manière le tabou des tabous et je raconte les étapes qui m’ont permis de me « rassembler ».

 

Ne vous fiez pas aux apparences, le tabou est là, partout il est là, il s’infiltre dans les interstices entre les mots, insaisissable.

 

Je voudrais transmettre la vie retrouvée.

 

Le plaisir retrouvé.

 

Parce qu’à travers ce récit de naissance, il naît du sens. Merci à mon amie Sylvie pour cet heureux parallèle !

 

Et j’ajoute que ce sont aussi les sens qui naissent.

Si l’aventure vous tente, découvrez l’univers de Laurence.

 

(c) Alexandra Coenraets – Naissance, Ed. Chloé des Lys, 2013