Douleur d’aller mieux et lenteur qui l’arrondit.

Il y a quelque chose de douloureux dans le fait d’aller mieux.

Ce sont les poings qui se desserrent, au propre comme au figuré, gestuelle illustration du lâcher prise, et justement, il y a quelque chose de douloureux.

Quand on a eu la terreur en exemple et comme professeur, qu’elle s’est imprégnée dans le corps, le cœur et l’esprit, jusqu’à contaminer le moindre de nos faits et gestes, et que la bienveillance, la douceur envers soi ne sont plus de l’ordre du miracle, il y a quelque chose 2013-09-10-1257de douloureux.

Quand ce n’est plus une fête, un feu d’artifice, parce que là, oui, vraiment, j’ai réussi à prendre soin de moi, quelle femme je suis, quel as je suis, quelle fierté, je ne réalise pas, c’est trop beau, parce que là, oui, vraiment, mon corps soudain se détend. Non, quand tout cela s’installe dans le quotidien, le tapisse allègrement comme on beurre une tartine en y allant généreusement, dans une fluidité de gestes, il y a quelque chose de douloureux.

Parce que survient l’inévitable pensée que ça aurait dû être ça la norme; que ça aurait dû être ça dès le départ, cette fluidité des actes dans un corps calme et posé. Confiant.

Et rien qu’à se remémorer spontanément l’espace d’une seconde, parce qu’on ne peut s’empêcher la comparaison, et d’encore malgré tout observer le changement d’état d’un air incrédule, parce qu’il va bien falloir s’y habituer – je vais finir par m’y habituer -, rien qu’à se remémorer les gestes saccadés mus par un sentiment de terreur invisible, planant impalpable autour de moi comme des vautours prêts à me dévorer, des années après avoir expulsé physiquement de ma vie la personne qui suscita cette terreur (« papa »….quel sens donner a ce mot ???), rien qu’à se remémorer l’hypervigilance, l’état de qui-vive permanent, encore présent pourtant parfois, et la douleur se fait jour, vivace.

Vivace. Comme une flèche qui fuse.

Temps mort.

Lenteur.

C’est elle qui offre à cette douleur le droit d’exister, d’emplir l’espace. Parce que légitime.

Douleur. C’est elle qui offre à cette lenteur le droit de se déployer dans l’espace.

Lentement, plus lentement encore, se laisser être. Dans la douleur s’il le faut. Et que le temps et l’espace en adoucissent les contours, lui dessinent des formes arrondies.

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Une réflexion sur “Douleur d’aller mieux et lenteur qui l’arrondit.

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