Quand il naît du sens…le faire naître, le voir grandir.

SAM_2699     « Les conséquences des troubles psychotraumatiques sur les études et la vie professionnelle sont souvent redoutables, particulièrement quand les violences commencent dès le plus jeune âge. (…) Les « réveils » de la mémoire traumatique, les automatismes moteurs induits par des réminiscences intrusives, les inattentions, les absences, voire les pertes de connaissance qu’elle peut entraîner peuvent représenter des risques d’accidents de travail parfois dramatiques pour la personne ou pour autrui. (…) SAM_2701 L’hypervigilance, le besoin perfectionniste de contrôler et le côté consciencieux, associés à une mauvaise estime de soi avec manque de confiance en soi, à une quête affective et à la facilité à se dissocier face à un comportement malveillant, vont faire des personnes psychotraumatisées des victimes de choix pour les agresseurs potentiels dans le milieu de travail. Elles vont être choisies pour leurs qualités et pour leur vulnérabilité afin d’être transformées en de parfaites esclaves. (…) D’autre part, l’hypersensibilité, l’irritabilité, les colères explosives par réminiscences d’affects et l’impulsivité de certaines victimes traumatisées sont susceptibles de rendre les relations professionnelles avec les usagers, les collègues et les supérieurs hiérarchiques très difficiles et mouvementées, aboutissant parfois à des réactions de rejet de la part de l’entourage professionnel. Les études internationales ont montré que près de 50% des personnes ayant subi un traumatisme avec un état de stress post-traumatique chronique perdaient leur emploi dans les deux ans suivant le traumatisme. »

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Extrait (pp. 141-143) du Livre noir des violences sexuelles (Ed. Dunod, 2013), écrit par le Dr Muriel Salmona, psychiatre-psychothérapeute spécialisée dans les violences sexuelles.SAM_2703

Cela fait tellement écho en moi. A mon vécu. Avoir tout donné pour une boîte, avoir transféré des affects inconsciemment, avoir surinvesti, parce que dissociée (étrangère à soi-même), puis un jour, après cinq ans 1/2 dans la boîte (on a eu le temps de s’attacher), être chamboulée à 360 degrés (euphémisme !), voir sa vie et son être devenir un champ de bataille, envahis d’émotions extrêmes parce que les souvenirs des abus sont remontés. Devoir faire face aux réveils de la mémoire traumatique, y faire face comme on peut, vulnérable et forte comme jamais, tenir bon, s’exprimer, souffrir, tenir bon, oui avoir des inattentions et des absences, les assumer, y remédier, oui avoir des bouffées d’impulsivité contre lesquelles on ne peut rien (surtout dans les premiers temps), des bouffées de survie sans lesquelles on aurait explosé de l’intérieur. Etre tellement soulagée de ces émotions qui sortent, se sentir vivante pour la première fois. Dans le même temps, avoir honte, s’en vouloir, tenter d’expliquer, de faire comprendre, entendre l’insoutenable, les flashes, les souvenirs traumatiques, les émotions enfouies qui sortent du bois, l’anesthésie…Tenir bon. Voir les collègues déstabilisés, s’en vouloir, se mettre si facilement à leur place et tenter de prendre en charge leur état (« je les comprends, les pauvres »); être tiraillée mais suivre son intuition, parce qu’on sait qu’on est dans le bon, et entamer le processus de reconstruction; s’affirmer, changer, se transformer, s’approprier son travail, en être fière. Déranger. Devoir faire face à l’incompréhension, puis au rejet. Après deux ans à se battre comme une lionne, à poser des limites, circonscrire un territoire, à se découvrir une valeur en soi et non par autrui : être licenciée.

Etre blessée à mort.

SAM_2704Avoir la hargne de s’en sortir et ne pas se suicider parce qu’on a trouvé des réparations dans la créativité. Parce que c’est elle qui fait grandir la lueur de cette « valeur en soi » ranimée; cette Elle – la femme que je suis et qui jaillissait des cendres alors – garde in extrémis la flamme allumée. Se réparer de plusieurs manières.

Parmi ces formes de réparation, une nouvelle pour un concours organisé par une bibliothèque communale en 2011, et qui figure dans un recueil disponible en prêt. SAM_2705

Exprimer sa colère en mots. Se venger au travers des mots pour ne pas mourir. Se l’autoriser. Parce que l’humiliation du licenciement fait écho à l’humiliation du viol.  Même force émotionnelle. L’un renvoie à l’autre, comme dans une partie de ping-pong sans fin, au rythme de la honte et de la culpabilité. L’inhumanité en toile de fond. Le déni aussi.

Vous pouvez la lire ici.

Ceci n’est pas un massacre

Je compte sept ans et demi depuis le coup de fil me signifiant de but en blanc, sans prendre de gants, forcément, que j’étais devenue persona non grata dans une boîte sans syndicat, sans délégué du personnel, ni même de DRH, juste avec un « chef du personnel » (la comptable) ; une boîte qui n’employait ni « personne de confiance », ni – encore moins ! – de psy; mais une boîte…dite « familiale ». Une société fondée par une famille. No comment.

Au fil du temps, d’autres émotions sont sorties, des actes ont été posés, des mots aussi, pour me nettoyer de cette expérience traumatique, édifiant reflet de l’autre, l’archaïque.

Il y a ceux d’hier, dont cette nouvelle et – non des moindres -, mon travail de fin d’études sur la médiation en entreprise – et ceux d’aujourd’hui. Ces gestes successifs tracent deux voies parallèles – permettre l’apaisement et donner du sens – qui participent d’un seul et même chemin: VIVRE.

Envers et contre tout.

Prendre une revanche.

On trouve sur le web des tas de conseils pour cultiver l’amour et la paix. Certains mots (re)deviennent tabous, « colère, révolte, revanche ». On brandit le pardon à tout-va, comme unique remède, dans n’importe quel cas. La « solution miracle » peut égarer ceux qui ne sont pas prêts ou pour qui ce n’est pas adéquat.

Moi je trouve qu’il n’y a rien de honteux à prendre une revanche sur des années d’écrasement. Et je l’assume au mieux de mes possibilités. J’en suis fière pour la énième fois.

PS: J’ai eu besoin de douceur en écrivant, j’ai donc écouté Enya: on your shore. Et ça marche, l’écriture couplée au chant m’ont offert ce moment d’apaisement. Qu’il est doux d’être apaisée…Même temporairement. On prend ce qu’on a, mais on le prend, on l’ancre, on l’enracine. Du mieux qu’on peut.

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Une réflexion sur “Quand il naît du sens…le faire naître, le voir grandir.

  1. Dans ce texte, je ne parle pas de mon engagement féministe, qui a suivi mon licenciement et m’a aidée énormément. M’investir sur le terrain a fait partie de ma reconstruction. Et je considère que c’est aussi de la créativité. Le féminisme, comme je le conçois, c’est une approche créative. Trouver des voies créatives pour rester soi, en tant que femme.

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