Lettre à la petite fille

Voici une lettre que j’ai écrite il y a deux ans, pour moi. De moi à moi. Une réparation symbolique. Elle s’adresse à la petite fille que j’étais, qui fut profondément blessée et a refoulé une grande partie de ses émotions. Je l’ai relue ce matin. J’ai eu besoin de la relire. La petite est encore très méfiante. Elle a besoin d’entendre, de réentendre qu’elle « peut ».

En la relisant, je l’ai modifiée, complétée, à la lumière de mon évolution.

Ma chère petite Alexandra,

Tu as mal, je le sais, je le sens.

C’est normal.

Tu veux prendre ta place et tu te dis que tu n’y as pas droit. On ne t’a pas donné le droit de prendre cette place. Ce n’est pas toi, ce sont les adultes autour de toi qui t’en ont empêchée.

C’est extraordinairement douloureux.

Ce n’est pas ta faute.

Tu n’es pas responsable des agissements de tes parents. La honte est sur eux, sur les personnes qui ne t’ont pas protégée, et qui auraient dû, pas sur toi.

Pas sur toi, c’est important que tu l’entendes, parce que je sais que tu te sens coupable.

Ils ne pouvaient pas faire autrement, mais n’étaient pas de bons parents et tu as le droit d’être en colère.

Cette colère est légitime, tu peux la ressentir en toi, pleinement. Personne ne va mourir parce que tu ressens de la colère.

Tu peux prendre le temps de relire ces mots, de les intégrer, de les digérer. Bravo d’avoir le courage de me lire !

Ta déception est légitime, ta peine aussi. Tu es triste, très triste. Je comprends ta peine, et ta difficulté. Tu t’es sentie abandonnée, et c’est vrai que tu l’as été. On ne t’as pas écoutée !

Je comprends ta colère. Je la reconnais. C’est immonde de t’avoir traitée ainsi, c’est vrai, immonde.

Tu peux laisser les émotions que tu ressens trouver un espace en toi, pour les faire circuler. J’aime quand tu respires.

Je te reconnais toi, Alexandra, tu existes comme un être humain à part entière. Tu as le droit d’exister. Personne ne peut t’enlever ce droit.

Je comprends tes besoins. Tu as le droit d’avoir des envies, des souhaits, des désirs rien qu’à toi.

Tu ne veux plus de tout ce passé, tu as porté beaucoup trop de choses, c’était très lourd. Très dur. Ce n’était pas à toi de porter tout cela. Ce poids ne t’appartient pas.

Personne n’a le droit de t’en vouloir si tu le lâches.

100_1353Je sais que tu ne veux plus avoir peur. Tu as besoin de douceur, de tendresse, d’amour, d’affection. De câlins. Tu peux t’en donner, en demander, choisir à qui tu en demandes, à qui tu en donnes et combien ! C’est bon de lire ça, n’est-ce pas ? Oui ma chérie, ces besoins sont légitimes. Tu es digne d’être aimée.

Je sais que tu es très forte, mais tu n’as plus besoin de serrer les dents, maintenant. Je suis là. Tu as le droit de te détendre, de prendre ton temps, de t’apaiser.

Tu veux vivre, prendre ta place et tu y as droit. Ne te préoccupe pas de ce que les autres pensent de toi, ce n’est pas ton problème.

Je te laisse cette place. Une place à toi, rien qu’à toi, un endroit où tu te sens aimée et libre. Ton espace, que personne ne viendra plus envahir, je te le promets ! Je respecte cet espace.

Sache que je t’aime et t’aimerai toujours.

Tu es belle, douée, intelligente, unique, exceptionnelle ; une petite fille pleine de qualités, de ressources et de courage.

Oui tu peux le croire, tu peux en être sûre.

Je suis fière de toi. 

Je t’aime et suis là pour toi. Tu n’as pas besoin d’être parfaite. Je t’aime pour ce que tu es et je n’ai pas besoin que tu sois une autre; j’admire vraiment ton courage et ta ténacité. Chapeau ! Tu as aussi le droit de faire des erreurs; je sais que tu en as honte, mais même tes défauts, je les aime.

Je suis ta « bonne mère », une vraie maman, je prends soin de toi, je t’encourage, te soutiens, tu peux me faire confiance. Tu peux te faire confiance.

Tu peux aller à ma rencontre.

Te lover dans mes bras comme un bébé. Ne crains rien. Je te berce quand tu en as besoin. Je te laisse explorer ton environnement quand tu en as besoin. Je veille.

Je sais que ce n’est pas facile pour toi de faire confiance, et je le comprends. Pas à pas. Sache que moi aussi, j’ai besoin de toi !

Ensemble nous sommes fortes. Nous sommes unies, nous sommes alliées et nous nous complétons. Je te protège, sois rassurée. La vie est difficile, mais nous y faisons face. Cette terreur inscrite en toi n’est plus nécessaire, je t’assure. La vie peut être douce et calme aussi. Sans tempêtes.

Je suis là pour toi. Je te laisse ta place, à ton rythme.

Je t’aime.

Alexandra, parent nourricier, 39 ans.

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