Instant magique

Il est des photos imprévues qu’on choisit de prendre sur l’instant, sans l’avoir prémédité. Pulsion, instinct, désir soudain, le bras s’anime, saisit l’appareil, exécute le geste à l’intuition. Même si l’idée du cliché traînait dans l’air depuis un certain temps, elle semblait s’y être égarée. Il attendait son heure. C’était ce matin.  Et quand le résultat dépasse nos attentes, la magie capturée au vol se prolonge, embaume notre journée d’un parfum d’éternité. En l’espace d’une seconde, le sel de la vie est tout entier contenu dans les volutes du café.

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(c) Alexandra Coenraets – 2016

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Naissance

DSC_0002Un jour, tu as trente ans et ta vie bascule. D’un coup, tu « vois le jour », tu le sens, tu le humes, tu l’entends. Tu en perçois la beauté et ses infinies variations. Et tu sais que plus rien ne sera jamais comme avant. Tu t’ouvres à une nouvelle dimension et les années mortes qui la précèdent te semblent bien fades. Il n’en reste déjà plus qu’un vague souvenir. Le présent te fait du charme à l’envi, il t’emporte, irrésistible, il t’enivre et TU VIS. Vivante, vivante, vivante, tu te le répètes, tu as besoin de l’apprivoiser, c’est tellement nouveau. Tu vis et tu souffres dans ta chair, car la blessure est à vif et le temps est venu d’en prendre soin.

Un jour, tu en as dix de plus, et à force de vaillants efforts, d’apprentissages en découragements, d’impuissance acquise en puissance conquise, de déconstructions en constructions, de patience en impatience, de rage et de lutte en émerveillements, de replis en progrès, de blessures en réparations, de creux en pleins, de retraits choisis en étapes franchies, de résistances en acceptations, d’inerties en mouvements – et tout cela inversement -, ton stress post-traumatique se fait peu à peu la malle, les séquelles du traumatisme s’amenuisent…Et c’est une nouvelle dimension, encore, qui s’ouvre à toi. Un autre monde, encore. Tu t’y déploies jour après jour, dans le rythme qui est le tien. Tu t’y engages, dans ce présent que jadis tu subissais telle une ombre, sans même en avoir conscience. Les murs de ta prison se défont, plus que se craqueler, ils s’en vont. Tu les as détruits brique par brique. Et tu continues. Naissance.