Septembre 2016 sur Facebook (ma vérité)

Posté le 18 septembre:

Devant l’innommable, je me figeai, sidérée, anesthésiée, sans voix. Le souffle coupé, je me réfugiai au-dedans de moi. Devant l’innommable, mon cerveau prit le relais, rationalisa. En vain. Tout oublier s’imposa. Défense ultime, survie oblige, l’amnésie fut la seule issue à tout ça. Tout ça. L’innommable. Aujourd’hui, pour ne plus fuir, ne plus survivre et vivre, peu à peu, je le regarde en face. Je le ressens. Dans mon corps, la trace de l’inceste, inaltérable. Le désir annihilé, remplacé par l’effroi. L’innommable me laisse dans la bouche un goût amer d’immense gâchis. Malgré cela, je vis. Faire éclore le désir, l’apprivoiser, le laisser circuler en moi. Transcender la honte, briser la chape de plomb. Jour après jour.

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13 septembre:

Hier, ma voisine (depuis dix ans) – qui doit avoir près de 90 ans – me dit: « on voit que tu revis ». Je dirais plutôt qu’enfin, je VIS. De toute façon, ça fait plaisir. Hier toujours, fabuleux silence du soir qui ôte toutes les barrières entre soi et soi, me dénude sans fard et m’offre un tête-à-tête – pardon, un coeur-à-coeur, voire un corps-à-corps – avec ma vérité intérieure. Ecouter la petite voix, même si elle est douleur. Oui, lâcher prise est difficile. Normalement, mon chemin n’aurait pas dû être si dur. Normalement. Acceptation. Mais mon acceptation à moi se teinte encore d’amertume. Et en fait, là je peux l’affirmer, quoi de plus normal. En parlant d’amertume et pour finir sur une note plus légère, je prends goût au chocolat à 98% de cacao. Juste un tout petit bout avec le café. Juste de quoi teinter ma journée d’un zeste d’amertume. C’est ma vérité.

5 septembre

Il y a deux ou trois ans, j’ai fait deux ou trois séances de constellations familiales, en individuel, ne souhaitant pas être participante à une séance en groupe. Dans l’une de ces séances, la constellatrice ayant en main la figurine que j’avais choisie pour représenter ma grand-mère maternelle a eu des mots réparateurs. Celle-ci est décédée en 2008 – je n’ai pas assisté à son enterrement, volontairement. Les blessures, le sentiment de trahison étaient immenses, incommensurables. J’avais été proche d’elle, elle avait été présente et au coeur de la tourmente familiale dans laquelle j’ai grandi, et elle ne m’a pas écoutée, entendue, protégée…On n’écoutait pas les enfants, on leur disait de se taire et d’être sages. De bien travailler à l’école. On avait déjà bien assez des problèmes d’adultes. Tes parents, ta mère nous causait déjà assez de soucis, il ne fallait pas, en plus, que les enfants viennent nous déranger…Plus tard, elle m’a ensuite demandé de porter ce qui ne m’appartenait pas, de prendre le relais, de prendre en charge mes géniteurs qu’elle savait tordus. Puisque ta mère ne parvient pas à se séparer définitivement de ce malade mental que tu as pour père, qu’elle finit toujours par retourner avec lui, toi, Alexandra, qui a l’air (« a l’air »….) équilibrée, porte ça sur tes épaules de jeune femme de vingt ans, fais placer ton père en institution…Ce que j’entrepris de faire, par deux fois).
La constellatrice a eu ces mots, ceux qu’elle ressentait pouvoir provenir de la bouche de mon aïeule, à cet instant T : « je ne savais pas que c’était si dur pour toi…Tu sais, j’étais de l’ancienne génération…Mais ça n’est pas une excuse. ». Ce « mais ça n’est pas une excuse », m’a fait un bien fou. Réparateur. Je ne suis pas sûre de l’avoir encore bien intégré. De son vivant, elle n’a pu me dire que d’oublier, passer à autre chose, etc. Sans reconnaître sa responsabilité. Par ces mots, via la constellatrice, j’ai eu une reconnaissance de sa part, post-mortem. Symboliquement fort. Chaque jour, je me dis que je suis une miraculée.

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