Parce qu’il est important de se respecter et de ne jamais oublier d’où l’on vient.

Partie sur un coup de tête vers la bibliothèque la plus proche pour y emprunter un livre bien précis, un roman, j’arrive en trombe, cherche le livre dans les rayons, le trouve, ouvre une page au hasard et tombe sur une scène de viol. Glups. Je me fane immédiatement, blêmis, mon corps se décompose d’un coup, la tristesse me gagne aussitôt. Non. Non. Rédhibitoire. J’ai subi assez de violence pour m’en rajouter un couche supplémentaire. Je remets le livre à sa place, déçue, cherche un autre bouquin, au hasard, en vain. Je manque d’air, quitte l’espace confiné en saluant la bibliothécaire. Au dehors, je fais de grandes enjambées de bottes pour rejoindre mon chez-moi. Le pas rapide, comme toujours, pour expulser le trop-plein. Ma respiration est presqu’inexistante, inaudibe, éteinte, j’en prends conscience à mi-chemin. Je respire en gonflant les poumons, inspire, expire, ressens l’air frais me fouetter le visage.

Je respire.

Et de me rappeler soudain toutes ces fois où assise dans la pénombre d’une salle de cinéma – il fut un temps où j’y allais tout le temps – parce qu’une scène m’évoquait l’indicible, qu’elle soit explicite ou non – une parole, un son, un mouvement, même infime -, il me fallait sortir, envahie d’émotions fortes, impossibles à gérer, et qui forcément se muaient en crise d’angoisses. Et de me retrouver parfois pliée en deux à peine sortie, avec cette impression de crever – l’angoisse de mort imminente, typique -, submergée de cette douleur insupportable qui me traversait de part en part, comme autant de lames de rasoir, ou de coups de poignard…Parvenir à me calmer malgré tout, à grimper dans ma voiture pour rentrer. A gérer seule ces situations si fréquentes, parce la honte me submergeait elle aussi (personne ne doit me voir dans cet état-là…Ce fut le cas, à de rares exceptions près). Alors, non, je ne lirai pas ce roman, certainement excellent, mais que, d’un geste décidé, j’ai reposé à sa place dans les rayons de la bibliothèque de mon quartier. Soulagée.