Dans l’eau de la piscine

Hipiscineer fin d’après-midi…dans l’eau de la piscine. Pause après une vingtaine de longueurs. Je respire. Et puis, soudain, cet instant où je sens que tout le côté gauche de mon corps respire lui aussi davantage, qu’il se désanesthésie un peu plus…Cet instant où la gorge s’ouvre, la cage thoracique se déploie, le ventre se détend…Cet instant qui te fait voir les choses autrement, cet instant comparable à l’instant où tu trouves l’interrupteur alors que tu tâtonnais dans le noir depuis des lustres. Et tu VOIS. Tu vois les choses autrement. Combien de fois ai-je vécu ce genre d’instant en plus de dix ans ? D’innombrables fois. Des milliers de mini-réveils à la vie…Différents à chaque fois, plus vivante à chaque fois. Et l’émotion invariablement là, présente, envahissante par moments, intense et mouvante à mesure que j’évolue. Et mon atmosphère intérieure toujours empreinte d’un fond de tristesse. Légitime.

Hier, en l’occurrence, c’était ça: je me mords la lèvre pour ne pas crier (réflexe de retenue), j’ai envie de rire et pleurer en même temps. Rire de soulagement, rire nerveux, rire de ne pas comprendre l’incompréhensible. Rire de l’ouverture. Pleurer de ce long chemin, pleurer de ces sensations endormies qui m’ont privée de la Vie pendant si longtemps; pleurée d’avoir été contre mon gré si déconnectée, et de patiemment devoir refaire le chemin à l’envers…ou plutôt, à l’endroit. Je ne sais plus. Je vais de la mort à la vie…pour aller de la vie à la mort, comme tout le monde. Je me mords la lèvre et pose les mains contre mon visage pour que personne ne le voie se déformer sous l’effet du sanglot – sans (l)armes – qui surgit de ma gorge et que je ne peux contenir. Je ne réalise pas. Ces instants-là me paraissent irréels, désespérément magiques, il me faut les apprivoiser. Voilà, l’émotion est passée, j’ai laissé la réalité m’effleurer, m’affleurer une fois encore, épouser les contours de mon corps, comme l’eau de la piscine. Je respire et replonge pour une autre série de longueurs.