Ironie du sort

C’est ironique, un débat intitulé « nouveaux racismes et préjugés » à la Foire du Livre de Bruxelles. C’est ironique de se dire que les deux invités – deux hommes blancs (Pascal Brückner et Thomas Guénolé), deux hommes blancs, comme le fit remarquer une jeune femme noire dans le public, de suite invitée par l’animateur à prendre place sur le « plateau », ce que je trouve plutôt sympa…C’était ironique, disais-je, qu’ils débattent contradictoirement de l’islamophobie (pour ou contre ?), dans un bâtiment (Tour et Taxis) en plein Molenbeek-Saint-Jean. Dans un bâtiment abritant un salon du livre gratuit et pourtant, je n’ai vu hier et avant-hier quasi – quasi – que des têtes blanches (quelques noires et asiatiques). C’est en sortant que le contraste est saisissant, et je ne m’en étonne pas, d’habitude. Je connais le quartier, je peux aller à pied à la Foire du livre, je l’ai fait vendredi. Je traverse la place Simonis, prends par la rue de Ribaucourt, je passe la tête haute sans les regarder, devant des cafés aux terrasses – oui c’est presque le printemps – remplies d’hommes – il faut le dire -, et j’arrive à Tour et Taxis. Aux alentours de ce lieu d’histoire entouré de grilles, c’est un quartier pauvre. A la Foire du Livre, ça pue le fric, même si c’est gratuit. Ils débattaient de l’islamophobie (en mode fantasme ou vérité ? « Attention, j’ai les chiffres…Et moi je vous dis qu’on doit pouvoir critiquer l’islam, et moi je vous dis qu’il y a une psychose concernant l’islam ! Vous n’y êtes pas, très cher, faites gaffe aux islamogauchistes ! Patatipatata »), ils débattaient de ça, mais sans les musulmans, et pas de femmes voilées à la Foire du Livre. J’en ai croisé en sortant. A qui la faute ? J’en sais rien, l’entrée est gratuite. Mais le fossé est profond, me semble-t-il. En attendant, après, je suis allée faire un tour au parc et on m’a volé mon sac. Je vous passe les détails de cette soirée horrible. Sans papiers, clés, téléphone, etc. on se sent à nu. C’est une violence. Un sac, c’est l’intimité, on se sent légèrement violée. Heureusement que je suis forte. La vie t’abîme. « On » m’a volé mon sac…Qui ça, « on » ? Des gamins de 13, 14 ans. Mais bande de petits cons, j’ai pas un rond ! De quelle origine ? Oui, j’ai dû les décrire évidemment, à la police. De quelle origine ? Oui, c’est eux, vous vous en doutez, évidemment, moi aussi, je m’en doutais. Faut pas se mentir. Rien n’est tout noir ou tout blanc. Zone grise. Zone floue. Je suis en colère, quand-même, c’est normal. Petits cons. Malaise. La vie abîme, heureusement, il reste l’ironie. Je suis un peu cassée, là, mais je suis forte, j’en ai vu d’autres, et puis ça arrive à d’autres. Le cynisme, ça aide, vraiment. Allez, c’est dimanche, bon dimanche. Je m’en vais passer un moment à la Foire du Livre, elle dure encore deux jours, il y a des débats. Et l’entrée est gratuite. La vie continue.

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