JE RESPIRE…L’agresseur est mort Et Bon Débarras.

Je vis une période particulière…

Le 26 mai au soir, je donnais une conférence à propos de mon livre et mon parcours au restaurant Carpe Diem, à Bruxelles. Il se trouve que le matin même, assise en terrasse pour mon café matinal, je reçois un e-mail m’annonçant…le décès de mon géniteur.

Oui, vous avez bien lu.

Celui qui n’a jamais été un père pour moi, mais un bourreau, celui qui a massacré la petite fille que j’étais, est mort. Enfin ! Cette annonce sonna comme une libération, un soulagement, j’ai senti un espace énorme qui s’ouvrait à l’intérieur de moi. Ainsi donc, si la justice dite « des hommes » n’est pas rendue, il y a bien un autre type de justice possible ! Son départ fut soudain, puisqu’il est dû à un incendie survenu durant la nuit dans son appartement. Mort dans son sommeil, par asphyxie. C’est symbolique ! La purification par le feu.

Moi qui ai si souvent la sensation d’étouffer, de manquer d’air, dans ce corps qui fut en état de sidération durant les abus (et encore maintenant – stress post-traumatique – …Une réaction courante de survie lorsque ni la fuite ni l’attaque ne sont possibles, et qui n’est en aucun cas une preuve de faiblesse (lire par exemple : https://www.yahoo.com/news/why-many-rape-victims-don-135730419.html)

Eh bien, JE RESPIRE.

Si vous êtes heurtés par mes propos, c’est bien sûr parce que je touche du doigt le tabou sur les violences intrafamiliales.

Ainsi donc, puisqu’il y a prescription des faits, puisqu’il n’y a en revanche aucune prescription pour la souffrance des victimes, beaucoup d’entre nous attendons la mort de nos bourreaux avec impatience, même si nos douleurs leur survivront. Couper les ponts comme je l’ai fait il y a plus de dix ans ne suffit pas. Nous sommes hantées, colonisées par nos agresseurs. Les savoir en liberté alors que nous sommes emprisonnées de l’intérieur est insupportable.

Le 26 mai au soir donc, j’ai pu partager cette BONNE NOUVELLE avec les personnes présentes. Je les remercie d’être venues malgré ce long week-end chaud et ensoleillé. Ce fut encore une fois une soirée très émouvante. J’ai beaucoup apprécié les interventions de qualité du modérateur, M. Yves Caelens, qui a également lu certains extraits de mon livre. J’en ai été très touchée.

post FB rencontres et progrès

Sans grande surprise,  ma génitrice – que je ne peux plus appeler ma mère – a tenté derrière mon dos de faire annuler ma prochaine conférence. Elle n’en est pas à la première action de ce genre. C’est en vain évidemment ! Victime de cet homme elle aussi pendant des années (violences psychologiques et physiques), maltraitante elle aussi, elle a développé un vrai syndrome de Stockholm.

Vous comprenez la difficulté que j’ai à me construire et la force que j’ai dû déployer.

Je suis une vraie rescapée, une survivante, une miraculée ! C’est le sentiment que j’ai.

A ceux/celles qui se disent peut-être que cette histoire est personnelle, que c’est une vie parmi d’autres, que tout cela est du domaine privé et que je m’étale, je réponds :

EH BIEN NON ! Les histoires de ce genre, il y en a tellement, les enfants massacrés sont tellement nombreux, que le personnel en devient universel. C’est pour cela que je témoigne.

IL FAUT DONNER UN SENS A L’INSENSE, A L’ABSURDITE TOTALE.

Je n’ai pas vraiment le choix en fait : ou bien je suis complètement assommée par le poids, la lourdeur de cette histoire (et je le suis déjà assez souvent comme ça dans mon quotidien, à cause des séquelles, dont le stress post-traumatique) ou bien je brise le tabou et je me débarrasse de ce qui ne m’appartient pas, je n’en porte plus la responsabilité et encore moins la honte et la culpabilité. Je mets ce poids A L’EXTERIEUR DE MOI.

EN GROS, JE TENTE DE FAIRE CHANGER LA HONTE DE CAMP.

Car dans l’entourage familial, personne n’a vraiment pensé à sauver la petite fille que j’étais des griffes de ses bourreaux. Certains ont pensé à sauver ma génitrice des griffes de son mari violent, pensant peut-être par là qu’ils me sauveraient moi (bien que je ne pense pas qu’ils aient pensé à moi directement, vraiment pas…je n’ai pas le souvenir que quelqu’un m’ait demandé comment je vivais toutes ces violences (sans parler de celles que j’avais enfouies)).

Beaucoup de monde savait qu’ils étaient destructeurs, lui et elle.

Les réactions au décès de cet homme de la part de certains membres de la famille furent éloquentes : « ce n’est pas une grande perte », « il ne manquera pas »…

DONC PAS D’EXCUSES. Cela s’appelle NON ASSISTANCE A ENFANTS EN DANGER.

JE NE VEUX PLUS PORTER LE POIDS DE CETTE HISTOIRE !

Pour la première fois, je me dis que peut-être, il est possible de tourner une page…

Et donc…Ma nouvelle conférence aura lieu le 27 juin au centre Carrérond à Bruxelles. NOUS PARLERONS RECONSTRUCTION.

Car s’il y a bien quelque chose dont je suis fière, c’est de tenter de me construire une vie de FEMME LIBRE.

Et c’est tout un programme.

Au plaisir de vous voir peut-être le 27 – si vous y venez, prévenez-moi ! Et de toute façon, vous pouvez toujours vous procurer Naissance ici : http://www.editionschloedeslys.be/catalogue/741-naissance.html

Prenez soin de vous,

Alexandra Coenraets

Auteure – Professionnelle de la médiation – Survivante de l’inceste