Angot vs Rousseau: balle au centre

Ce samedi 30 septembre, dans l’émission de France 2 On n’est pas couché, eut lieu une vive altercation entre la chroniqueuse Christine Angot et l’ex élue du parti écolo Sandrine Rousseau venue défendre son livre « Parler ».

Pour voir la vidéo: http://www.lesinrocks.com/2017/10/01/actualite/onpc-sandrine-rousseau-en-pleurs-apres-les-critiques-de-christine-angot-11992062/

Cet échange est très intéressant et révélateur, selon moi, du tabou et des séquelles qu’endurent les victimes. Ces deux réactions m’apparaissent comme les deux faces d’une même médaille (cette médaille que devraient recevoir toutes les victimes de violences sexuelles, pour leur courage, leur force, qu’elles soient dans l’ombre ou dans la lumière). Les attitudes et propos des deux femmes (Angot, victime d’inceste par son père et Rousseau, victime à l’âge adulte du député de son parti Denis Baupin dans le cadre de son métier de politique) correspondent à des réalités différentes qui peuvent se rejoindre, et à des ressentis vécus par bien d’autres victimes, pouvant aussi être éprouvés par une même victime, selon les moments, les hauts et les bas, les difficultés rencontrées, les étapes.

Désespoir, sentiment d’être incomprise, de ne pas être entendue, prise de parole et volonté de faire changer les choses pour se reconstruire et s’en sortir, s’y accrocher en se prenant le tabou en pleine figure; ou colère, agressivité, sentiment de devoir quand-même finalement « se débrouiller », comme le dit Angot, car la société reste dans le déni et que le mur est tenace…Ces actes et ressentis (individuels, même si partagés, et non exhaustifs) pour retrouver un semblant de dignité, témoignent des dramatiques conséquences post-traumatiques, et de la profonde souffrance des victimes de n’être pas plus épaulées, soutenues, reconnues offciellement.

Des Sandrine Rousseau, il y en a des tas. Des Christine Angot (quoi qu’elle en pense) aussi. Non, il ne suffit pas de parler, parfois cela peut être destructeur, alors que dans d’autres cas, c’est salvateur; ce peut être un premier pas, une étape ou au contraire, un aboutissement, un cri, un cheminement, un mécanisme de survie, ou tout à la fois. Il est évidemment nécessaire que des professionnels « formés pour accueillir la parole » puissent accompagner les victimes, lorsqu’elles en font la demande et en ont besoin.

Mais ce que souligne Christine Angot, c’est que l’aspect inaudible, indicible du crime reste ce qu’il est: bien réel. La vraie question, c’est comment empêcher que cela se passe. Aucun accompagnant, aussi « formé pour accueillir cette parole » soit-il, ne pourra capter véritablement l’essence de cet indicible, de cette inaudible destruction de l’être. Je trouve qu’il est important que cela soit dit, afin que les victimes ne s’illusionnent pas sur leur réalité. En fin de compte oui, de nombreuses victimes « se débrouillent » comme elles le peuvent.

Alors plutôt que de fustiger l’acharnement (certes très violent) de Christine Angot envers Sandrine Rousseau, j’ai envie de mettre l’accent sur la passivité des témoins (personne ne réagit…) et la complaisance du présentateur (Ruquier), qui laisse se dérouler cet échange sans broncher. Cela me désole bien plus que tout le reste.

A lire aussi: http://www.slate.fr/story/151976/il-ne-faut-pas-condamner-christine-angot-pour-les-larmes-de-sandrine-rousseau

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