Une femme en vitrine, ultime marchandise

Bruxelles, aux abords de la Gare du Nord.

Une femme en vitrine, l’ultime marchandise.

Passer devant – j’avais à faire dans le coin – c’est toujours glaçant.

Surtout quand le temps est gris, sombre, les rues sales.

Ce matin, je viens de me garer.

C’est à peine une ombre, en fait, que je devine. Sans traîner, je m’active, sors de la voiture, me mets en mouvement pour sentir l’énergie de vie circuler en moi, à l’opposé de cette présence que je sens figée derrière la vitre. Pas tout à fait immobile, non, elle vit elle aussi, humaine elle aussi. Je connais bien le figement, la sidération, la sensation d’être une morte-vivante. J’étouffe souvent de ça. Pendant ces quelques secondes, je perçois cette sensation-là chez elle, cette femme plantée derrière cette vitrine glauque. Je bouge pour me sentir en vie, ouf, je respire, de l’air, heureusement. Je me sens libre face à elle, dont je ne croise pas le regard (peux pas). Une fois revenue de mon rendez-vous, je remonte dans la voiture, et m’enfuis loin de l’ombre féminine, toujours derrière sa vitrine, une ombre dont j’ai pourtant senti les yeux brillants de cette vie qui circule en elle aussi. Elle n’est pas morte, non. Morte-vivante, on disait. Et ça me rend triste à chaque fois, c’est plus fort que moi. Je remets le contact, Lavilliers emplit l’habitacle de sa voix chaude, m’enveloppe et m’emmène dans des histoires d’ailleurs…qui ressemblent aux histoires d’ici.

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