Légitimité

Les mots du jour: je me souviendrai toute ma vie de ce moment…Ce moment où devant les 400 personnes présentes au colloque du 6 mars, Regards croisés, violences pluri’elles, femmes et enfants, j’ai dit que je me réjouissais – et me suis réjouie en le disant, dans une émotion non feinte – de la mort de mon géniteur, après avoir parlé de la prescription et de ce que ça impliquait pour les victimes d’inceste. Est-ce que ça valait le procès qu’il n’y aura jamais, je ne sais pas, je ne crois pas, je ne le saurai jamais. Le cadre est différent, la symbolique aussi, l’agresseur – l’accusé – n’était pas là et n’est plus là. Mais il y avait cette assemblée, parmi laquelle la justice et le politique étaient représentés…il y avait cette assemblée qui m’écoutait religieusement avant, après et au moment où j’ai dit ça. Et c’est quelque chose de très particulier comme sentiment, ce que j’ai ressenti. Presqu’irréel, magique.

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Il y avait une légitimité à être là et à dire ça. Je n’avais aucune preuve matérielle, mais ma parole était une preuve et j’en avais la certitude. Il y a des ces forces qui viennent du plus profond de nous-mêmes, de ces énergies qui nous transcendent tellement qu’on ne peut les remettre en question, notre mental ne peut rien contre leur puissance. Si bien qu’après on se demande, « mais comment j’ai fait pour dire tout ça comme ça ? ». La confiance était là…Inébranlable. C’est un fait. L’inceste est un crime si odieux que toutes les responsabilités sont inversées. Lorsque je brise le tabou, c’est moi qui ai l’impression de commettre un crime…Bien souvent, j’ai ressenti cela, que le « monstre », c’était moi. Juste parce que j’en parlais, que j’accusais…sans « preuves ». Juste parce que je refusais de faire comme s’il ne s’était rien passé. « Juste » parce que j’ai tout le temps la sensation que je dérange… Insupportable comme sensation, en fait. Je ne veux plus ressentir cela.

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Colloque « Regards croisés: violences pluri’elles. Femmes et enfants », j’y étais

Ce mardi 6 mars, je suis intervenue lors d’un colloque sur les violences que subissent femmes et enfants. Je faisais partie du panel « Filles et Garçons victimes de violences dans leur enfance ».

 

J’ai évoqué mon parcours, et plus particulièrement l’amnésie post-traumatique, la dissociation, le rapport aux institutions, porter plainte malgré le délai de prescription, l’accompagnement des victimes, les séquelles, l’imprescriptibilité, l’écriture de mon livre.

Ce fut intense.

Quand je suis sortie de la salle où se tenait le colloque, un magnifique soleil de fin de journée illuminait le lac de Louvain-la-Neuve, ville universitaire située dans le Brabant Wallon, au sud de Bruxelles. Je suis restée devant ma voiture un instant, à écrire ce message sur Facebook, puis j’ai fait le tour du lac en respirant à pleins poumons. L’atmophère était joyeuse, légère, printanière. Je me sentais puissante, confiante, heureuse d’avoir pu dire ce que je souhaitais dire, heureuse d’avoir pu vivre cette journée et du partage avec d’autres intervenant.e.s.

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Voici le texte de mon post ci-dessus:

Magnifique soleil pour quitter Louvain-la-neuve…On m’a dit plusieurs fois Merci et Bravo, que c’était fort, que j’ai super bien fait ça. Tant mieux. Suis contente. S’exprimer libère encore. J’ai appris quelque chose au premier substitut du procureur du roi qui était là: la notion d’imprescriptibilité, à laquelle il n’avait pas réfléchi…J’ai dit: ça mérite qu’on y réfléchisse. Y a du boulot…mais les gouttes d’eau…Il me dit «vous êtes la résilience incarnée». Ok, ça fait plaisir, même si vous savez qu’au jour le jour, ça reste dur. Je l’ai dit, d’ailleurs. Pas de livre vendu, bon, toujours dommage. Je suis aussi auteure. D’autres interventions étaient fortes également. Quoi qu’il en soit mission accomplie. C’était une belle journée, intense, riche, forte. Il y avait du public. Il y a eu des petites pauses, les enfants du coin, de la musique live, une rappeuse béninoise et deux musiciennes belges. Et le soleil, là, en sortant, comme un ultime message d’espoir pour conclure.

 

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