Un super pouvoir

« Un super pouvoir ». Ce sont les mots employés par l’une des participantes à la soirée organisée le jeudi 20 septembre, autour de mon travail d’autrice. Mots employés pour qualifier la manière dont je me suis réparée, (re)construite, notamment par l’écriture. Eh bien, j’aime assez ! 😉 Et je prends, bien entendu, par fidélité à mon parcours.

Parcours qui me file le vertige chaque fois que j’y pense, et je ne peux pas ne pas y penser, ce n’est pas une question de volonté. « Ne jamais oublier d’où l’on vient », dit l’adage. Pour ma part, il y a bien des moments où je voudrais l’oublier, et je sais ne pas être la seule dans ce cas.

« Un super pouvoir »…Voilà qui change de l’appellation « courageuse » déclinée sous toutes ses formes et qui me colle à la peau. « On ne me l’avait jamais faite celle-là », ai-je répondu. Et je souris chaque fois que j’y repense. Merci à cette personne.

 
sorcière

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Lettre à Vous, mes enfants

A Vous, mes enfants,

C’est difficile d’écrire cette lettre.

C’est difficile d’écrire à des êtres invisibles, fantasmés. Je n’ai pas été jusqu’à imaginer vos prénoms. Impossible de me projeter. Vous me semblez tellement inaccessibles. Loin. Des ombres si absentes. Et si présentes pourtant. J’en vois deux (j’ai toujours voulu être la mère de deux enfants). On dirait que vous êtes en permanence là, avec moi.

En moi.

Impalpables.

Des anges gardiens ? Je ne sais pas. Ce n’est pas votre rôle de veiller sur moi. Ça aurait dû être le mien de veiller sur vous.

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Depuis des années, vous me hantez. Et pourtant, vous n’êtes pas là. Non vous n’êtes pas nés par mes entrailles, je n’ai pas entendu votre premier cri de vie. Ni les suivants. Pas de nuits blanches des premiers mois.

Je n’ai pas vu vos premiers sourires, vos premiers pas, etc. Vos deuxièmes et vos troisièmes non plus d’ailleurs. Je ne peux pas vous toucher, vous prendre dans mes bras, vous observer, débordants de vie, à la vivre vraiment cette vie, à les ressentir, ces torrents d’émotions et de sensations. A les partager ensemble. Vous voir courir les cheveux au vent, jouer, découvrir le monde de votre innocence si enfantine, si rafraîchissante. Je ne peux pas vous voir expérimenter, déployer votre créativité, faire épanouir vos talents, et aussi…faire des bêtises, comme on dit. Je ne peux pas m’inquiéter pour vous, ni être fière de vous, ni être en colère contre vous…Etc. Oh, en colère, je l’ai parfois été…je me suis retenue de vous hurler « mais où êtes-vous, bon sang ?? Pourquoi ne se rencontre-t-on pas ? ».

Cri sans réponse.

Votre absence fait mal.

Je n’ai pas non plus l’occasion de recevoir votre amour pour moi. J’ai rajouté cette phrase après avoir tout écrit. Sans doute parce que c’est difficile. Vous donner, oui, mais recevoir…Un enfant aime inconditionnellement. Recevoir cet amour, voilà quelque chose qui n’est et n’aurait pas été simple. Cela touche également à la question des frontières. Mettre ses limites. Les miennes ont été enfreintes très tôt. Voilà pourquoi j’ai été, pendant longtemps, mal à l’aise avec les jeunes enfants. Trop envahissants à mon goût. Eh oui, inconsciemment, j’avais peur que vous m’envahissiez ! Les enfants ne sont pas des anges. Ils sont d’un naturel désarmant qui peut déstabiliser, et faire mal. Eh oui, votre maman est hypersensible ! Et quand deux ou trois personnes différentes m’ont affirmé « je te vois vraiment être mère », je n’ai su si je devais m’en réjouir, parce que cela me donnait confiance, que c’était forcément un signe, ou en pleurer parce que vous n’étiez pas nés.

Que de contraintes aussi d’être parents. Quelles responsabilités ! En aurais-je été capable ? Je me suis si souvent interrogée à ce sujet. Que d’angoisses, d’inévitable stress susceptible d’accentuer, de réveiller mon stress déjà présent, post-traumatique. Et j’aurais tout donné pour ne pas vous refiler mes angoisses et mon stress. Je le sais, qu’il y aurait eu à gérer tout ça. Mais ne l’ai pas vécu. Une chance diront certain.e.s d’échapper à cette charge immense. Passer à côté de sa vie, diront d’autres, et manquer l’expérience la plus enrichissante qui soit, celle censée donner un sens à l’existence.

Ni l’un ni l’autre, pour ma part.

Je suis une femme entière et complète sans vous, c’est une certitude. Les enfants ne sont pas là pour pallier un soi-disant manque de féminité (un stéréotype – je vous aurais expliqué ce que c’est ! – bien ancré, surtout pour les filles), ni une soi-disant incomplétude ou immaturité. Ils sont un plus. Vous venez en plus, pas pour combler un vide. Oh, au début, ça n’a pas été si évident. Parce que la société nous inculque très tôt qu’une femme n’est vraiment femme que si elle est mère. Je me suis questionnée sur mon désir pour vous. Quelle est la proportion de biologique et de socialement construit ? Finalement, peu importe, je m’en fiche. Car dans le même temps, ce désir était là et est resté, envers et contre tout. Vous êtes tenaces ! 😉

Auriez-vous été une entrave à ma précieuse liberté ? Sans aucun doute, mais je suis persuadée que vous m’auriez apporté beaucoup. Et réciproquement. Ma vie a pourtant du sens sans vous ! Et j’entends que vous approuvez. Oui, je sais que vous êtes d’accord avec moi. Car c’est ainsi que vous l’auriez voulu. Il y a eu des moments où je me suis dit que c’était mieux de vivre sans votre présence au monde. C’était ainsi, mon destin et je m’y accommoderais. Après tout, il y a moyen. Tout le monde ne veut pas d’enfant. On peut être heureux sans.

Mais donc, le désir est toujours là. Et cela dit, vous élever seule, je ne pourrais pas. Trop lourd. Et question lourdeur, j’ai déjà donné. Vous approuvez.

N’est-ce pas égoïste de vous vouloir tellement, dans un monde qui se meurt ? Peut-être. De toute façon, il y a une part d’égoïsme en tout désir d’enfant. Puis, une nouvelle vie est toujours porteuse d’espoir. Et l’espoir est nécessaire à la vie.

Ensuite, il y a l’enfance maltraitée. Tant de gosses malheureux. Pire que malheureux, cassés, brisés, morts-vivants. Moi-même, je l’ai été. Comment ne pas reproduire ce schéma ? Bien sûr que ces peurs m’ont tiraillée et sont légitimes, mais franchement, à l’heure actuelle, elles sont nulles et non avenues, j’ai assez travaillé sur moi. Pourtant mes cerveaux limbique et reptilien, mon âme, mon corps, mon coeur sont encore empreints des traces de ces violences parentales. Rien n’est noir ou blanc. On ne contrôle pas tout. C’est ce qui m’a toujours fait peur. Comme si le lâcher prise contenait en lui-même le meilleur et le pire.

L’ensemble de ces peurs est-il la cause de votre absence ? Je n’ai aucune explication simpliste à fournir, il y a plusieurs facteurs. Ce qui est sûr, c’est que les multiples séquelles imprimées dans mon corps et mon psychisme sont des freins énormes, parce que démesurément lentes à éliminer et plus que probablement jouent un rôle important dans le fait que je n’ai pas d’enfants. Dans le fait que vous, mes enfants, mon fils ou ma fille, ou les deux, je ne vous ai pas portés, je ne vous ai pas senti bouger dans mon ventre, puis posés sur mon ventre…Etc.

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Le lien d’attachement. Je suis née dans un environnement insécurisé. J’étais insécurisée dès le départ. Ça reste.

En novembre, j’aurai 43 ans. A 29 ans, alors en couple, j’ai arrêté la pilule. S’en suit un an d’essais infructueux. Un an sans règles, en fait ! Premières désillusions. J’étais si déconnectée de mon corps ! J’ignorais à quel point. Comment dès lors être en lien avec vous ? Pourtant, j’avais l’impression de l’être. Mais j’avais aussi l’impression d’être en lien avec moi. Alors qu’une part de moi était morte. J’étais si anesthésiée ! Je le suis encore un peu. J’ai dû réapprendre à sentir. Tout ce qui touche aux sens est délicat pour moi. Je suis encore souvent sur le qui-vive, sur la défensive, sursautant au moindre bruit, au moindre geste inattendu, un peu trop proche, un peu trop brusque. Or la relation avec un enfant est tellement charnelle ! C’est aussi le cœur du sujet, là où se trouve le nœud. Vous allez comprendre.

Après cette année-là, en l’espace de quelques mois, j’ai vécu une séparation, un déménagement, mes règles qui reviennent d’un coup, les flashes d’inceste qui chamboulent ma vie à 360°, balaient tout sur leur passage, violente et nécessaire tornade aux conséquences implacables. Compteurs remis à zéro (je ne peux vous le cacher, je vous en aurais parlé, avec précautions, à hauteur d’enfant, je ne sais pas comment ni quand, mais je vous en aurais parlé. Mes parents à moi m’ont fait très mal, vous savez).

Bref, le début d’une autre vie. De MA vie. Vous n’étiez plus à l’ordre du jour. La priorité à mon enfant intérieur, qui, lui, venait de naître. Il n’y avait place que pour lui. Pour elle. La petite fille mal aimée, brisée, blessée. La prendre dans mes bras et la réparer. Treize années passées à la prendre dans mes bras et la réparer. C’est long. Tant de choses se sont déroulées, si vous saviez ! Apprendre à vivre, comme une enfant ! Petits pas et grandes victoires. Que de sommets gravis. Inouï. Oui, j’ai bel et bien accouché. De moi-même, ça c’est incontestable. Là encore, vous approuvez, vous applaudissez. Quelle formidable maman pour cette petite fille brisée, j’ai été.

Enceinte

Je suis émue d’écrire cela. Merci à vous, mes enfants, de m’en faire pleinement prendre conscience. C’est rassurant.

Parce que jalouse, je l’ai souvent été. C’est humain. Je sais que vous me comprenez.
Jalouse de toutes ces femmes devenues mères, que je connais ou non, et qu’on croise partout, dans la rue ou sur le net. Toutes ces photos Facebook de bonheur affiché. Car le visage d’un enfant ne trompe pas, il est vrai. Il envahit l’espace -virtuel ou réel – de toute sa présence. Il ou elle prend une place énorme. On ne peut y échapper. C’est une vraie souffrance pour moi, et parfois un réconfort.

Je vous aime, mes enfants.

Je vous aurais peut-être étouffés un peu…Je ne sais pas. Encore une crainte… Quel (futur) parent n’en a pas ? J’aurais essayé d’être une mère parfaite, de trouver l’équilibre et j’aurais échoué, bien sûr. Je vous aurais voulu libres et confiants dans l’avenir. Emplis de cette confiance que je n’ai pas eue. De cet amour et de cette estime pour vous-mêmes qu’on ne m’a pas transmis. Je vous idéalise…bien sûr. Vous auriez été peut-être, sans doute, si différents de mes attentes ! Je vous aurais aimés tels que vous êtes, je l’espère. Avec vos défauts, vos qualités, vos failles, vos faiblesses, vos forces. Humains. Fille ou garçon peu importe. Quel dommage de ne parler qu’au conditionnel passé. Vous méritez mieux, je trouve. Et moi aussi.

Je pourrais encore écrire… je vais m’arrêter là. Tant de choses à partager…Je vais avoir 43 ans et vous n’êtes pas nés. Mais vous êtes là, de toute façon, vous êtes là.

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Merci de cette connexion avec vous, impalpable, certes, mais bien réelle. La preuve par ces mots. Oh, je crois entendre que vous aussi vous me remerciez d’être moi…Suis-je capable de recevoir ce message-là ?

Je vous aime tendrement,

Maman.

PS : maman est un mot dont j’ai toujours l’impression qu’il ne s’applique pas à moi. Et bien maintenant, je m’autorise à l’utiliser. Pour vous.

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La mer – impressions en vrac (1)

Impressions en vrac. A la mer, il y eut foule de merveilleux moments, drôles, insolites, touchants et j’en écris ce qui me vient, attention, écriture automatique: j’ignorais qu’il y avait tant d’Allemands à la côte belge (enfin « tant », disons que plusieurs fois, j’ai entendu des gens s’exprimer dans la langue de Goethe); il y eut de belles discussions avec mon frère venu me rejoindre. Insolite: il m’avait vue dans « Questions à la une », me l’avait dit, on en a reparlé, je lui demande comment il l’a su. « Je ne le savais pas, me répond-il, j’ai vu qu’il y avait ce documentaire au programme, je me suis dit que ça devait t’intéresser, j’ai regardé et…ah tiens, tu étais dedans ». LOL. Autre échange-clé-culte-déprimant (biffez la mention inutile):  » – personne ne peut obliger des aveugles à voir (dit-il); – ok, mais personne ne peut m’obliger à les fréquenter (dis-je) ». Dont acte. Passons à autre chose: ah ce maillot et ce chapeau que nous achetâmes et qui lui vont comme un gant. Ah cette mer calme et plânante dans laquelle je nageai chaque jour (sauf un). C’était bon, très bon. Ah ces vagues, il y en eut quelques unes tout de même, j’avais oublié à quel point c’était joyeux de se les prendre en plein corps, de dos ou de face. Jubilatoire. Vivant. C’est ce que devait ressentir aussi ce petit garçon que je vis sautillant dans la mer le dernier jour. Touchant (très touchant): le soir vers 19h, je profite de cette ultime baignade du séjour, je la savoure tellement que je n’ai plus envie de sortir de l’eau. A mes côtés, déboule ce petit bonhomme d’environ 6-7 ans, frêle, fébrile, d’une sensibilité à fleur de peau. Il pousse des cris d’extase à chaque vague, le visage illuminé, sourire gigantesque, yeux pétillants. Sa mère, habillée, le surveille avec une certaine inquiétude depuis la plage, les pieds dans l’eau. Quant à moi, je le regarde avec tendresse, et veille aussi à sa sécurité. Son émerveillement m’émeut profondément. Bien sûr, j’ai vu d’autres enfants s’amuser gaiement, mais lui me touche particulièrement. On dirait que c’est la première fois qu’il vit cela. Ce devrait toujours être comme si c’était la première fois, d’ailleurs. Pour garder intacte cette joie authentique.

My Body is Mine

SUJET (et photo) DU JOUR: le rapport au corps quand on a été victime d’inceste.

BIG SUJET.

J’ai déjà écrit des trucs et des trucs sur ce blog (https://quandilnaitdusens.wordpress.com/le-corps-serie-de-textes/) et ailleurs. Je me contenterai donc de résumer la question par ces réflexions en vrac, qui je l’espère aideront qui en a besoin: mon corps a été traité en objet, il a fait l’objet d’une violation, un viol de son intimité, de mon intimité d’enfant, l’humiliation l’a imprégné, m’a imprégnée très tôt.  Ce sentiment s’ancre dans le corps, il finit par en faire partie. C’était insupportable à vivre, j’ai tout refoulé pour survivre. Le corps s’anesthésie, sidération, ne plus rien sentir, plus de problème si je ne sens plus l’humiliation. C’est un leurre, évidemment. On ne vit alors qu’une demi-vie. Une coquille vide, ne reste qu’une morte-vivante coupée de l’essentiel de soi: son corps, ses émotions, ses sensations. On somatise. Les angoisses, fortes, très fortes rappellent le traumatisme et on ne le sait pas. Je ne me souvenais plus de rien. Un jour, les flashes, le traumatisme se réveille et l’humiliation avec. Elle redevient consciente, se manifeste 24h/24 ou presque, au quotidien. Se défaire de cela est tout un travail.

le corps 2018
Photo: Alexandra Coenraets par Alexandra Coenraets

 

S’aimer, restaurer une image de soi positive, prendre soin de ce corps endolori, abîmé dans ses entrailles, s’apporter de la douceur, de la bienveillance, par différents moyens: une douche chaude, un massage, un automassage, écouter de la musique, du sport, le contact avec la nature, un concert, écrire, etc. En fait, tout ce qui éveille des sensations de bien-être dans le corps. Accepter ses imperfections, sa vulnérabilité. Se faire accompagner dans ces réparations, cette (re)construction corporelle est très important MAIS à prendre avec des pincettes, c’est fragile, car les thérapeutes corporels peuvent ne pas être bien/assez formés: il suffit d’un geste de trop, d’une parole maladroite, infantilisante, d’une limite franchie (la question des frontières est fondamentale puisqu’elles ont été violées), d’un mot inadéquat, d’une parole ressentie comme jugeante, méprisante pour que l’humiliation, le traumatisme se réveille, et la confiance se brise. Que dire alors d’un partenaire sexuel. Qui fait parfois pire que bien, appuie là où ça fait mal, enfonce la personne plutôt que de l’aider, la soutenir. C’est assumer tout cela. A tout cela, j’ai été confrontée. Accepter de revivre cette humiliation pas à pas pour la guérir, je le pense. L’accepter, mais pas à n’importe quel prix. Des protections à mettre, indispensables. Assumer pour moi, d’avoir fait le choix de m’exposer, à mes risques et périls, toujours sur un fil – à se demander sans cesse, est-ce trop ou trop peu ? – et pourtant sans guère avoir plus rien à perdre, suivre son intuition et voir danser cette flamme restée vivante, apprendre à la faire circuler en soi. Assumer enfin, et c’est mon cas, d’avoir fait le choix conscient de rester sans partenaire pendant plusieurs années, seule solution, la moins pire, la plus protectrice pour prendre soin et guérir cette immense destruction de soi, de son être le plus profond. Avancer pas à pas. Se créer des limites que plus personne ne pourra franchir. Se réapproprier son désir et son plaisir plutôt que d’être l’objet du désir d’autrui. Mettre de la légèreté dans la lourdeur. Assumer le regard des autres, assumer que la blessure ne se voit pas à l’oeil nu, alors qu’elle est palpable tout le temps, je la sens au plus profond de moi non stop. Il faut beaucoup de force (ne parlons plus de courrage, svp).

A propos de partage

Lundi 28 mai 2018, 17h. Je m’apprête à partir comme prévu pour mon rendez-vous d’1h30 avec une classe d’étudiant.e.s: échange et partage autour des violences sexuelles intrafamiliales en partant de mon vécu et lecture d’un extrait de mon livre. A vrai dire, je n’avais plus envie d’y aller, je ressentais de la lourdeur, comme ça m’est arrivé d’autres fois également. Un peu d’appréhension aussi. Même si j’ai l’habitude, c’est toujours un effort. Souvent, je me dis que je n’ai plus envie d’en parler, que je ne vais plus m’exposer comme ça. Et puis…là, au moment de choisir l’extrait de mon livre, l’envie de partage revient, la fierté prend le pas sur la honte ou la peur du regard des autres. J’ai beau finir par être rôdée à l’exercice, je ne m’y habitue pas, parce que c’est reparler d’une douleur. Pour la purger et s’en libérer. Normalement ça aide à désenkyster. C’est comme aller arracher le mal à la racine, il faut creuser loin, loin, loin. Donc ça fait mal et puis ça soulage. Ici, je vais là où j’ai étudié, mais pas comme étudiante, cette fois-ci. La boucle est bouclée. On verra comment ça se passe…

compte rendu express en vidéo

Eh bien hier, durant ma rencontre avec des étudiant.e.s en médiation et futur.e.s enseignant.e.s, personne ne m’a dit que j’avais du courage, et ça m’a fait un bien fou. Juste eu l’impression d’être quelqu’un d’absolument normal malgré le sujet dont je parlais…Qui en fait est tellement banal et c’est sur cela que j’ai insisté entre autres et cela qui est ressorti des échanges, entre autres. Paradoxe qui s’explique assez bien: l’inceste est tellement banal que la société n’est pas prête à l’inscrire noir sur blanc dans le code pénal, à en reconnaître l’ampleur et la gravité. Tellement banal que tabou. Ben oui. CQFD.

piscine

 

Quand l’énergie est là…

Il y a des jours où l’énergie est présente, facile, à portée de main, sans que tu saches vraiment pourquoi (ou bien est-ce le soleil ?). J’adore ces moments-là. Des plombes que je n’avais pas été courir. Ce matin, réveillée naturellement peu avant 6h30, lumière vive, il va faire beau, « tiens j’irais bien courir », ça semble couler de source, le corps se met en mouvement sans efforts. Hop levée, vite habillée, en tenue de combat, bien boire avant, ça y est, sortie.

De l’air.

Un bonheur de déambuler à son aise (mon rythme est lent, petites foulées, enjambées moyennes) dans un parc désert, sentir ses pieds s’enfoncer au sol, le soleil chauffer le visage et la douce fraîcheur de la matinée qui s’éveille. Passer aux abords des parterres de jonquilles et humer leur odeur fleurie. Retour à l’appart: 9h. Les deux photos sont prises après 11h. Je cours sans portable, of course.

Ceci compense les jours où les réveils sont plombés par ce poids qui m’encombre le thorax et rend certaines choses du quotidien aussi difficiles que de gravir une montagne un sac-à-dos de 15 kgs sur les épaules. L’énergie est lourde à porter, j’en tiens compte, tente de l’accepter, adapte mon rythme. Et c’est pourquoi me sont toujours insupportables les conseils de bonnes âmes qui se croient bienveillantes et font pire que bien à vous dire « fais ci, fais ça », alors que, eh bien non, ça ne marche pas de cette façon, je ne suis pas un automate, quand l’énergie s’est barrée, rien n’est aussi simple. Je m’écoute et quand l’énergie revient (ça s’en va et ça revient, chantait l’autre), j’en profite, je la dépense et ce faisant, je capitalise du bonheur. J’ignore si c’est clair, mais je me comprends. Bon dimanche…

 

Légitimité

Les mots du jour: je me souviendrai toute ma vie de ce moment…Ce moment où devant les 400 personnes présentes au colloque du 6 mars, Regards croisés, violences pluri’elles, femmes et enfants, j’ai dit que je me réjouissais – et me suis réjouie en le disant, dans une émotion non feinte – de la mort de mon géniteur, après avoir parlé de la prescription et de ce que ça impliquait pour les victimes d’inceste. Est-ce que ça valait le procès qu’il n’y aura jamais, je ne sais pas, je ne crois pas, je ne le saurai jamais. Le cadre est différent, la symbolique aussi, l’agresseur – l’accusé – n’était pas là et n’est plus là. Mais il y avait cette assemblée, parmi laquelle la justice et le politique étaient représentés…il y avait cette assemblée qui m’écoutait religieusement avant, après et au moment où j’ai dit ça. Et c’est quelque chose de très particulier comme sentiment, ce que j’ai ressenti. Presqu’irréel, magique.

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Il y avait une légitimité à être là et à dire ça. Je n’avais aucune preuve matérielle, mais ma parole était une preuve et j’en avais la certitude. Il y a des ces forces qui viennent du plus profond de nous-mêmes, de ces énergies qui nous transcendent tellement qu’on ne peut les remettre en question, notre mental ne peut rien contre leur puissance. Si bien qu’après on se demande, « mais comment j’ai fait pour dire tout ça comme ça ? ». La confiance était là…Inébranlable. C’est un fait. L’inceste est un crime si odieux que toutes les responsabilités sont inversées. Lorsque je brise le tabou, c’est moi qui ai l’impression de commettre un crime…Bien souvent, j’ai ressenti cela, que le « monstre », c’était moi. Juste parce que j’en parlais, que j’accusais…sans « preuves ». Juste parce que je refusais de faire comme s’il ne s’était rien passé. « Juste » parce que j’ai tout le temps la sensation que je dérange… Insupportable comme sensation, en fait. Je ne veux plus ressentir cela.