Ce livre que je ne voulais pas écrire

Là, à droite.

C’est typiquement le titre dont je ne voulais pas.

C’est vraiment le livre que je ne voulais pas écrire.

survivre à l'enferJ’ai écrit un roman qui parle d’inceste.

J’ai parlé de l’inceste dans une histoire qui n’est pas la mienne, et qui, par moments, pourtant, l’est quand-même.

J’ai voulu ce mélange des deux.

L’autre éditeur. Oui l’autre, le premier à m’avoir proposé un contrat, celui qui édite en fait le livre, là, à droite. Il voulait que j’écrive ça. Je n’ai pas voulu.

Je voulais parler d’émotions, de sensations, c’est ce qui m’intéressait. Parler de celles que je découvrais.

Je voulais me mettre dans la peau d’un, de deux hommes, dans l’histoire, c’est ça aussi qui m’intéressait.

Le « je », c’est Laurence, et le « je » c’est Loïc.

Et Sylvain.

Je voulais insérer les étapes de ma reconstruction dans une histoire fictive.

Et je l’ai fait.

Je n’ai aucune envie de lire ce livre-témoignage, là, en haut, à droite, et ne le ferai pas.

Mais quand j’ai vu la couverture, j’ai été saisie.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, apprendre à rassembler les morceaux – pas recoller, non -, voilà en quoi consiste « se reconstruire après un inceste ».

Apprendre à rassembler les morceaux, au jour le jour. Pas une mince affaire.

Elle est ce pantin dont « on » (qui ? il ?, ilS ?, elle ?, elleS ?) tire les ficelles.

Elle est inerte, pas humaine, si ce n’est son regard qui s’adresse à la société, lui somme d’ouvrir les yeux sur ce qu’elle se refuse à voir.

Elle est inerte, figée, pas d’émotions, aucune sensation, l’agresseur l’en a dépouillé. Et pourtant, on devine qu’elles sont là, tout au fond, enfermées.

J’ai la chair de poule.

Se réapproprier ce corps cassé, anesthésié, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Pourquoi ma couverture ne ressemble-t-elle pas à celle-là ?

Pourquoi pas un titre comme celui-là ?

J’ai suivi mon intuition, pas la tendance marketing. C’est elle qui m’a guidée et me guide toujours: l’intuition.

Je ne voulais pas raconter mon histoire de A à Z, ça ne m’intéressait pas.

Je voulais transmettre la vie retrouvée, ce tourbillon d’émotions qui m’a étreint le corps en une fois, me ramenant à la vie pour de bon.

C’est moi qui tire les ficelles, maintenant.

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