Le corps IV

2013-12-29-1670Quand le corps fait partie du monde qui l’entoure.

Hier.

L’après-midi range ses couleurs aux allures printanières, la soirée pare les rues de ses noirs atours.

Je marche.

Le corps en mouvement.

Balade quotidienne.

Précieux rituel auquel rarement je déroge.

Le bois, le parc, très souvent, m’offrent leurs repères familiers, font office de repaire aux propriétés doucement bienfaisantes. Calmantes, qui recentrent, comme l’écorce des arbres sur laquelle je pose ma main. Et leur cime, dont la hauteur impressionne et fascine. Et leurs racines. Elles me rassurent.

Immuables. Elles ne bougent pas. Je peux leur faire confiance.

Le vert – même en hiver, il me semble qu’il y a du vert – des feuilles me communique la vie, la sève me remplit, le vert des feuilles me purifie le corps et l’esprit. Hydratantes. Boire à pleines gorgées.

J’ai besoin par moments que la ville m’aspire, lorsque je sens l’envie de 2014-02-02-1958humer la frénésie de ses journées – de ses nuits, moins souvent.

Lorsque s’invite en moi l’attrait d’être happée par le mouvement. J’aime par moments que ce flux d’énergie m’emporte dans son sillage, me transmette ses délicieuses vibrations.

Vivante.

Quand le corps fait partie du monde qui l’entoure.

Digression. Les mots sortent avec peine. Je me relis, je me juge. C’est mauvais. Peu importe. Je continue. Je sais que je vais relire et qu’une tournure ou l’autre, je changerai, un terme ou l’autre, j’ajouterai, j’enlèverai, je remettrai. Ou non. Je sais que les phrases, je vais les modeler, de toute façon. Même si c’est un jour où le texte me semblera moins bon. Il y a des jours comme ceux-là.

Ecrire, à présent, sans réfléchir. Ecrire les sensations. Ecrire la matière brute. Ecrire sans retravailler. Ecrire juste pour faire émerger. Le nécessaire.

Hier.

Sentir. Se sentir. Les pieds dans le sol, le corps présent. La sensation n’est pas forcément agréable. Se sentir en contact avec l’air que je respire. Me sentir au contact de l’air que je respire. Faire partie d’un tout.

Respire.

Le voile ôté, les contours perceptibles. Les contours de mon corps que n’importe quel passant perçoit dès qu’il m’aperçoit, me sont perceptibles.

Je sais que j’existe.

Respire.

Angoisse. Exposée. Vulnérable.

A la merci de cet autre que je sens si proche de moi ? Comme autrefois ? C’était avant que je me protège et m’enveloppe d’un voile qui m’isole en même temps qu’il me sauve.

Comme autrefois ? Ne vais-je pas m’effondrer ? Non. Les contours de mon corps sont perceptibles et solides. Puissants et ancrés. Il se peut qu’une fissure les ébranle. Invincibles, ils ne sont guère. Et moi, suis-je encore en guerre ?

Il se peut qu’une fissure m’ébranle à nouveau. Il se peut que je me sente pétrie d’imperfections, que chaque pas soit une avancée et qu’il y en ait deux ou trois, voire plus, qui soient inexacts, approximatifs. Des erreurs. Que l’erreur n’aille pas triturer la faille, l’ouvrir, exploiter ses tourments. Que l’erreur fasse grandir et fructifier le mouvement.

Grandis.

Respire.

Amplifie.

Il se peut que je sente encore la chair vivante de mon corps. L’aimer ? En cours.

Et que ce sentiment si fort, celui que l’on dit « d’abandon », celui qui sournoisement s’est ancré, s’en aille loin, emporté par le vent, car si je sens mes contours perceptibles, comment pourrais-je encore me vivre abandonnée ? Non, plus jamais, car je suis là, maintenant. Et si le prix à cela, c’est sentir la chair de mon corps, alors, je m’y abandonne, car je n’ai pas le choix. Vivant, ce corps. Je suis entourée de gens. Aux corps vivants, ou plus ou moins, je ne sais pas. Des mouvements, des bruits, des pulsations.

Respire. Ne plus relire. Joie.

A suivre.

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Le corps III

Je vais faire court, puisque je ne suis pas sûre qu’on me lise beaucoup, je n’ai guère envie de dépenser trop d’énergie, ce soir.

Le corps meurtri par l’inceste se rit de cette fête, celle qui occupe la journée du 14 février, voire la nuit entière des amants passionnément adeptes, des dates précises et convenues du calendrier.

Le corps qui se guérit de l’inceste, souffre dans sa chair de cette abondance surfaite.

Le corps qui se remet debout, se rassemble, saisit le moindre fragment de liberté, le happe, s’en imprègne, le respire à souhait, ce corps-là crie de cet absurde décor, ce superficiel silence.

Ce trop de tout qui l’étouffe.

Mon corps ce soir déambulait, puissant, parmi les coeurs commerciaux, pourtant une fois de plus confronté à l’impossibilité de franchir à la hâte, les indispensables étapes qui le réparent et qu’il sait pertinemment cruciales.

Je suis fière de moi.

Je la sentais, cette femme libre, indépendante, qui déambulait entre les coeurs commerciaux, je la vivais, puissante.

Temps mort, ça s’arrête là.

Pour l’instant, je me contente de déambuler entre les coeurs.

Car le corps meurtri par l’inceste se rebelle de tant d’inconfort, de l’impossible intimité, de tout ce qui fut cassé. Mon corps voudrait s’échapper une fois encore, dans le déni. Il ne peut pas, il vit. Trouver un vrai réconfort, vibrer de vibrations en vibrations auprès d’un autre corps, quand les draps l’enveloppent et qu’il se replie en lui-même, face à lui-même, se découvre dans sa nudité, à vivre chaque nuit l’impensable réalité.

Brisé.

Vivant.

Mon corps, tout à l’heure, parmi les coeurs commerciaux, s’attardait au milieu des étals, entre les livres à la mode de chez nous et d’ailleurs, la mode est à l’érotisme dans les pages des livres, les coeurs cachent les mots qui parlent de cul, ils en sont remplis, de ces histoires, les étals.

Mon corps s’arrête, perplexe, saisit l’un ou l’autre de ces romans aux soi-disant si nombreuses nuances, juste pour sentir en son sein les soubresauts, les fourmillements, les palpitations, les ondes de chaleur, et les papillons. Il est tranquille, sans honte, sans hâte, il hume, ouvre les pages, scrute les différents titres, se désole de leur banalité, se gausse des couvertures.

Prévisibles.

Attendues.

Le jeu des tentations, Tout ce qu’il voudra, Possédée, La soumise, Beautiful Bitch, Sur tes yeux, La nuit nous appartient, etc.

Mon corps prend un livre, le détaille, le repose, prend un autre livre, le détaille, le repose, prend un autre livre.

Mon corps s’arrête, s’ancre, observe les sensations se réveiller, s’animer de l’intérieur. Mon corps lit une phrase, une autre, il sent. La chaleur naît, monte, tourbillonne, et jamais ne l’emporte, il se lasse, c’est du cul mal écrit. Et traduit. Made in US.

Mon corps s’en va, d’un pas décidé, il n’a pas trouvé, de quoi prendre son pied.

Plus tard, le corps au chaud dans mon nid douillet, j’ai fureté sur la toile pour y dénicher, et je m’en réjouis, ce recueil de nouvelles coquinement écrites par des femmes, en français dans leur version originale.

folies de femme

Vais-je pouvoir les lire ???? C’est la vraie question.

L’empreinte de l’inceste fait régner le dégoût dans mon corps, pas tout le temps, mais encore par moments.

Je voulais faire court…Et ce sont les mots qui finalement m’ont emportée.

Logique.

A suivre.

NB: j’ai écrit ce texte en écoutant l’album de Moby, Play & Play: B Sides. Par exemple: Memory Gospel.